Rémi Truchot

Expositions

  • 8 novembre 2019, galerie Sonia Monti (75008)
  • 13 juillet-1er aout 2019, Moulin à Tan, Druyes les Belles Fontaines (89) / exposition collective.
  • 20 mai 2019, La rue de l'art (Ferrières en gatinais)
  • 2 Mai 2019, galerie Sonia Monti (75008) exposition collective
  • janvier 2019, galerie Espace des intuitions, Paris (75015)
  • 17-30 juillet 2018, The Brick Lane gallery, Londres. "Contemporary Painting" (collective show)
  • 07-10 juin 2018, Point Art Fair, Paris. (75011)
  • 16-29 août 2017, Galerie Espace Expression, Auxerre. (89) / Exposition personnelle
  • 30 mars-15 avril 2017, Galerie Poïèsis des Arts, Paris. (75004) / Exposition personnelle
  • 17-31 mars 2016, Galerie Poïèsis Des Arts, Paris. (75004) / Exposition personnelle

À propos

Si on s’accorde à affirmer que chaque médium artistique dispose de sa propre volonté formelle, si on est convaincu que sa « singularité » consiste à s’exprimer avec ses propres moyens, il convient aussitôt de se dire que si chaque artiste est en droit de la pratiquer, il est de son devoir de ne pas lui obéir. On pourrait envisager sous cet angle l’ensemble du travail de Rémi Truchot, autant dans son usage de l’aquarelle que de l’acrylique, comme une conquête progressive de l’opaque sur la transparence : c’est du moins sa tactique de désobéissance. C’est aussi sa manière de résumer son Histoire de la peinture, en travaillant sa propre généalogie au confluant des diverses pratiques de la peinture moderne. Car le constat est implacable : chacune de ses oeuvres concourent à imprimer les multiples traces laissées sur un champ de bataille menée contre l’illustration. Rémi Truchot persiste et signe à poser dans chacun de ses tableaux une seule et même question pourtant d’apparence si simple : comment dégager de la présence affective sous l'échafaudage de ses représentations ? Autrement dit : tenter de témoigner par le jeu des pigments colorés tout un ensemble de forces qui traversent ces quelques instants fugaces sans en illustrer la scène : tenter de restituer les affects dans leur illisibilité, dans la pure expérience de leur visibilité. Avec son héritage moderne, Rémi Truchot s’applique à ne pas « réciter » une histoire à la manière des grandes fresques historiques du classicisme. Le « drame moderne » ne se veut plus l’expression d’une contemplation « facile » devant une représentation monumentale, il se revendique au contraire dans cet engagement moderne à revenir dans une pure et simple présence affective, telle qu’elle est immergée au sein d’un seul et même monde chaotique.


Comment procède t-il ? Son histoire à lui s’effectue par étapes : formé dans l’École Professionnelle d’arts graphiques de la ville de Paris, Rémi Truchot a commencé par explorer les teintes colorées du médium de l’aquarelle dans le projet de retranscrire les tonalités d’esprit à l’oeuvre dans ces silhouettes humaines, qui traversent des paysages à la fois fragiles et propices à la rêverie. Il y a bien sûr de la figuration, du moins, il y en a durant cette première période : ses espaces peints ne sont jamais vides, et même ses paysages nous semblent habités. La profondeur de ces espaces est hantée par ces silhouettes fantomatiques dont la légèreté est saisie par la ligne d’horizon, afin de les mettre en perspective et en action au sein d’une scénographie. Pourtant, les coulures qui se hasardent et les mélanges des pigments restituent en parallèle une gravité et une matérialité du médium de l’aquarelle. Cette première période consiste à engager la transparence dans une liquéfaction du trait par le lavis, avec le souci de ne pas gouacher l’atmosphère dans une illustration fidèle ou réaliste. Ce qui est proposé, c’est autant ces espaces oniriques que ce subtil jeu de couleurs qui se répandent sur une surface plane, exposée dans sa verticalité : cette aquarelle qui sèche devant nos yeux. Dans cette première période, la stratégie de Truchot consiste à faire fondre les formes dans cette dissonance entre la figuration et le médium : la contingence matérielle si subtile des mélanges chromatiques de l’aquarelle, une fois maitrisée par sa touche renoue avec cette ligne de fuite telle qu’elle fut amorcée par les impressionnistes et qui se poursuivra ensuite dans le courant des expressionnistes. Chacune de ces scènes de ville, de ces souvenirs de campagne, de ces modèles qui lui sont si familiers, donnent accès à une l’altérité directe — restitution sensible d’une vie quotidienne évanescente et intense. Guetto jazz est exemplaire à ce titre : les couleurs se mélangent et s’intensifient, L’impermanence se fait jeu des formes vagues et liquéfiées, les timbres colorées improvisent une jam session et les tonalités affectives bleutées électrifient tout le tableau : toute une rythmique des notes « jazz » raisonne avec cet excès coloré de réel qui s’écoule, littéralement.


Mais avec la pratique de l’acrylique, ce réel s'écroule. Une rupture se fait avec le changement de médium, sa décision de rupture se veut aussi radicale qu’une conversion : une fois canalisé le jeu du hasard des mélanges avec l’aquarelle, l’emploi du médium de l’acrylique permet davantage de spontanéité par cette mise en stratification des couches de couleurs. Avec ce changement de médium, le réel se veut plus solide, plus opaque, dès lors il se fissure pour aussitôt éclater. L’éclatement, voilà la seconde stratégie qui coordonne toute cette seconde période : la rythmique de Truchot ne se répand plus par l’entrelacement fusionnel des couleurs de ses formes liquides, mais cherche à exprimer un éclatement solide des couleurs : il n’a plus qu’à recomposer une partition du réel à partir d’une multiplicité de fragments de sensations. La profondeur ne circule plus par la perspective transparente, mais pas l’épaisseur opaque des strates colorées. Plus de surface, plus de limites du cadre, que du volume orchestré en couleur : la ligne se fait alors verticale, voir quadrillage. Serait-ce une manière de dire que par delà les bords, Rémi Truchot cherche à investir toute une tonalité affective dans le tempo et la nuance d'un rythme chromatique ? Peut-être. On ne peut que constater dans cette seconde période que la présence affective passe dans une pure puissance rythmique qui ne cesse de circuler dans l'entrelacement de ces strates colorées, amplifiant le volume des couleurs. On pense dans les influences de sa pratique artistique, aux « paysages » de Richard Diebenkern qui écrase la perspective dans une composition d’aplats chromatiques, dans la lignée de toute une tradition primitiviste qui irradie toute la peinture moderne. 


Chez Truchot, l’exercice se veut alors celui d’une « peinture directe » : l’approche primitive rime avec une improvisation rythmique afin de colorer et spatialiser les sonorités par un geste aléatoire. Dans son geste vers l’abstraction, Rémi Truchot se revendique musicien, et sa pratique des tons rabattus se fait sous ses influences musicales : peindre restitue une rythmique musicale parmi toute une gamme de couleurs complémentaires, les percussions sur la toile permettant alors d’en accentuer la pulsation sur les parties de l’images. De cette jam session que devient la pratique picturale, la main de l’artiste marque une contingence formelle à partir de laquelle des figures deviennent libres d’émerger des aléas du pinceau. Peindre devient alors un geste pris à la lettre : ne plus tordre le coup de pinceau sous l’autorité souveraine de la figure, mais donner par l’amplitude rythmique du geste toute une possibilité du médium d’en explorer sa part figurale, secrète et inconsciente — « spirituelle ». Par-delà sa propre volonté.

texte de Johan Schollaert

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